Le Père Serge. Réalisation, Scénario: Yakov Protazanov, Alexandre Volkoff. 1917; 76'. Avec: Ivan Mozzhukhin (prince Kasatski), Olga Kondorova (comtesse Korotkova), V. Dzheneyeva (Maria, fille), Vladimir Gajdarov (Ytasr Nicolas 1), Nikolai Panov (père de Kasatski) Nathalie Lissenko (veuve de Makovkin)
A la cour du Tsar, un jeune aristocrate officier, apprenant que sa fiancée n’était pas aussi pure qu’il le croyait, quitte tout, pour entrer dans les ordres.
D’après la nouvelle de Tolstoï. Grand succès, grâce à la maitrise parfaite du plus vieux réalisateur russe, Protazanov, qui a adapté à l’écran l’œuvre du grand écrivain.
En Exergue
Une œuvre surprenante de beauté et de modernité. Le personnage principal, orgueilleux et tourmenté, possède une complexité rare dans le cinéma de l'époque.
Encyclopédie Larousse
Le père Serge s’est éloigné du pouvoir, du mensonge et de la tentation dans la quête d’un idéal. Ce fut un grand succès de Yakov Protazanov, l’un des pères du cinéma russe, dans la période prérévolutionnaire.
La Fille sans dot. Réalisation, Scénario: Yakov Protazanov, Vladimir Schweizer. 1936; 86'. Avec: Nina Alissova (Larissa Ogudalova), Olga Pyjova (mère de Larissa), Anatoli Ktorov (Sergueï Paratov), Mikhail Klimov (Moki Knourov), Boris Tenine (Vassili Vojevatov), Vladimir Balikhine (Yuli Karandychev)
Dans la Russie tsariste de la fin du 19e siècle, une belle jeune fille sans dot a du mal à trouver un mari qui lui convienne.
-Ils ne te considèrent pas comme un être humain. Ils te considèrent comme un objet.
-Un objet, un objet… Je suis un objet ! Ils ont raison. Enfin, on a trouvé un mot pour ce que je suis !
-Lève-toi ! Viens !
-Va-t’en ! Laisse-moi ! Chaque objet devrait avoir un propriétaire.
Un témoigne sur les valeurs de l’ancienne Russie ? Ou simplement des vérités universelles ?
Mais l'image d’une société sclérosée, bercée par "La Pathétique" de Tchaïkowsky semble difficile à écarter.
Médaille d'or Exposition Universelle de Paris
Aelita. Réalisation, Scénario: Iakov Protazanov, Fedor Ozep. 1924; 113'. Avec: Nicolai Tsereteli (Los), Youlia Solntseva (Aelita), Igor Illinski (Krastkov), Nikolaï Batalov (Goussev), Valentina Kuindji ( Natacha), Iouri Zavadski (Gor)
Au début des années vingt à Moscou, un ingénieur rêve d’aller sur Mars. Il s’envole, avec trois autres personnes, pour trouver là-bas une société ressemblant étrangement à celles qu’il a déjà vues ici.
Follow our example, comrades! Unite into a family of workers in a Martian Union of Soviet Socialist Republics.
La montagne a accouché d'une souris ; beaucoup de bruit pour peu. Un an de travail, d’énormes dépenses de mise en scène et de publicité, la meilleure organisation technique possible, un célèbre réalisateur, des acteurs intéressants, un roman célèbre...
Et comme résultat, un rêve idiot de petit bourgeois. Izvestia
Ce fut le premier film de science-fiction soviétique. Des décors réussis quelques innovations techniques. Mais dans toute la première partie, il y a les scènes de débrouillardise, les tickets, les pénuries. Après, quelques slogans, qui sonnent même un peu sarcastiques, ne pouvaient pas sauver l’ensemble, des foudres de la critique soviétique.
Ce film, novateur et à grand spectacle, ne fut pas censuré uniquement à cause de son immense succès auprès du grand public qui l’a compris "au premier degré" et qu’il a distrait.
L'Homme à la caméra. Réalisation, Scénario: Dziga Vertov. 1929; 68'. Avec: Mikhail Kaufman (L'opérateur), Elizaveta Svilova (l'assistante monteuse)
L'homme à la caméra, enregistrement sur pellicule en 6 bobines, production VOUFKOU, 1929, extrait du journal de bord d'un opérateur de cinématographe. A l'attention des spectateurs. Le film que vous allez voir est un essai de diffusion cinématographique de scènes visuelles. Sans recours aux intertitres (le film n'a pas d'intertitres), sans recours à un scénario (le film n'a pas de scénario), sans recours au théâtre (le film n'a pas de décor, pas d'acteurs, etc.).
Cette œuvre expérimentale a pour but de créer un langage cinématographique absolu et universel complètement libéré du langage théâtral ou littéraire.
Auteur et conducteur de l'expérimentation : Dziga VERTOV, chef opérateur : M Kaufman, assistante monteuse : E Svilova. En Exergue
Le cinéma dramatique est l'opium du peuple. Vive le ciné-œil de la Révolution ! (…)
Nous mettons à la porte : les étreintes exquises des romances, le poison du roman psychologique, les griffes du théâtre amoureux, la musique envahissante.
Dziga Vertov, Manifeste du Ciné-œil, 1923
Vertov aspirait à cette forme de communication généralisée. Il souhaitait être mandaté par le Komintern, pour mettre en relation les prolétaires du monde entier qui deviendraient des sortes de correspondants. Faire circuler entre eux leurs images, étant lui-même moins réalisateur que coordinateur mettant en rapport ces apports. Et déclencher ainsi la révolution mondiale à laquelle aspiraient alors la plupart des militants bolcheviques.
François Albera, sur Le Ciné-œil de la révolution, Ecrits sur le Cinéma, de Dziga Vertov
Le ciné-œil n'est pas seulement le symbole d'une vision, mais aussi d'une contemplation. Or, nous ne devons pas contempler, mais agir. Ce n'est pas un ciné-œil qu'il nous faut, mais un ciné-poing. Le cinéma soviétique doit fendre les crânes! Et ce n'est pas "par le regard réuni de millions d'yeux" que nous lutterons contre le monde bourgeois. Sergei Eisenstein
Un cinéaste original. Qui mérite d’être connu.
La Symphonie du Donbass. Réalisation, Scénario: Dziga Vertov. 1930; 65'. Avec: Musique: "La symphonie du Donbass" de Timofeev, final de "La symphonie du 1er mai" de Chostakovitch, Monteuse: Elisabeth Svilova
La Symphonie du Donbass de Dziga Vertov est un classique du cinéma révolutionnaire soviétique sur le plan quinquennal de la fin des années 1920. Il est considéré comme un chef-d’œuvre du documentaire et du cinéma avant-gardiste. Vénéré comme une étape marquante par Charlie Chaplin, entre autres, le film tomba dans l’oubli dans les années 1930, pour être redécouvert par l’avant-garde des années soixante. Synopsis Editeur
On devrait plutôt parler de "cacophonie du Donbass" !
Izvestia
A l’occasion de la journée d’étude autour de l’œuvre et des écrits de Dziga Vertov (…) le Centre Pompidou présente Enthousiasme (La Symphonie du Donbass).
Premier film sonore de Dziga Vertov, Enthousiasme (La Symphonie du Donbass) documente l’intense activité minière de la région du Donbass actuellement en Ukraine. Réalisé en 1930, ce film est marqué par la richesse singulière des expérimentations sonores conçues par Vertov à partir des sons enregistrés dans le paysage industriel du Donbass. Véritable symphonie sonore et visuelle des temps modernes et de l’industrialisation à marche forcée, Enthousiasme fait du rapport entre son et image la base d’un nouveau langage cinématographique. Centre Pompidou, Paris déc 2017
La Symphonie du Donbass, avec ses jeux de machines automatiques, de lumières et de sons, chante l’effort industriel pour cette région ; dans la démarche du Ciné-œil. Sur ce plan c’est une réussite.
Mais le créatif Vertov a eu tort de ne pas avoir assez cogité la précédente remarque du plus illustre des réalisateurs soviétiques de la période Révolution. L’avis des Izvestia ici, fut confirmé par les Critiques Staliniens qui le classèrent parmi les Artistes Cosmopolites. Un qualificatif qui me comblerait personnellement, mais qui, dans leur bouche marquait la fin de ce remarquable artiste.
L'Instituteur. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1939; 97'. Avec: Boris Tchirkov (Stepan), Tamara Makarova (Grunya), Lyudmila Shabalina (Mariya Ivanovna Lautina), Pavel Volkov (Ivan Fedorovich Lautin), Valentina Telegina ( Stepanida Ivanovna Lautina), Vera Pomerants (Praskoviya Vasilyevna Lautina)
Dans les années 30, un jeune instituteur revient dans son village natal. Il fait construire une école malgré les réticences des kolkhoziens locaux. Ces efforts lui valent une élection au Soviet Fédéral.
-Camarades, le moment est venu de clarifier certaines choses. Je suis allé étudier à Moscou. Je suis revenu pour essayer de créer une vraie école. En un mot une école décente et digne.
-OK, c’est tellement utile que tout le monde est là ? Que tout le kolkhoze est d’accord ? …
-Oui.
kolkhoze (russe kolkhoz, abréviation de kollektivnoïe khoziaïstvo, exploitation collective) :
En U.R.S.S., exploitation agricole fondée sur la propriété collective des moyens de production, développée surtout à partir de 1930. Larousse
Le 7 août 1932, le gouvernement édicte une loi qui condamne à dix ans de camp tout vol aux dépens du kolkhoze. En quatre mois, plus de cent mille kolkhoziens sont condamnés pour avoir volé quelques épis dans les champs collectifs. La conséquence ultime de ce cycle prélèvement-résistance-répression est une terrible famine, totalement passée sous silence, niée par le régime soviétique jusqu'en 1988, qui fait, principalement en Ukraine, dans le Caucase du Nord et au Kazakhstan, environ six millions de victimes.
Encyclopédie Universalis
Il faut noter dans ce film l’intérêt du pouvoir soviétique pour la scolarisation de masse. Quelques visions (de loin) des vastes champs kolkhoziens, les joyeuses fêtes villageoises arrosées, les musiques et danses traditionnelles, et l’amour discret d’une jeune fille donnent à l’ensemble une note sympathique.
Les Invincibles. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov, Mikhaïl Kalatozov. 1943; 89'. Avec: Boris_Babotchkine (Rodionov), Tamara Makarova (Nastia Kovaleva), Aleksandr Khvylia (Pronine), Piotr Aleïnikov (Gricha), Boris Blinov ( Bondarets), Piotr Kirillov (Krasnocheïev)
Vers fin 1941, le Siège de Leningrad commence. Une jeune ingénieure se rend à l’usine Kirov pour rejoindre une équipe travaillant sur un char évolué.
-L’ours étendit ses bras sur la mer et les vagues.
-Vous commencez ça au mauvais moment. Nous allons faire la guerre, ce n’est pas le temps …
-Qu’est-ce que le temps ? Ne meurs pas. La mer s’étend à perte de vue et les vagues se déchainent. Nous irons loin, camarade.
Le Siège de Leningrad fut une page glorieuse mais extrêmement douloureuse de la Grande Guerre Patriotique. Sur cette période de 2 ans et demi, la grande ville de 3 millions d’habitants a perdu environ 2 millions de personnes, 1 million de soldats et 1 million de civils. La plus grande partie des victimes civiles sont mortes de faim. Mais le Groupe d’Armées Nord n’est jamais arrivé à prendre Leningrad. Le qualificatif "amère", appliqué à cette victoire, est-il adéquat ?
Le film montre pendant cette catastrophe, la vie combattante avec l’apport crucial des femmes et l’activité industrielle ; notamment les premières études de l’arme qui allait permettre à l’Armée Rouge de vaincre l’envahisseur Nazi, le char T34.
La Jeune Garde. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1948; 161'. Musique: Dmitri Chostakovitch. Avec: Vladimir Ivanov (Oleg Koshevoy), Inna Makarova (Lyubov Shevtsova), Nonna Mordyukova (Uliana), Sergei Gurzo (Sergei Tyulenin), Lyudmila Shagalova ( Valeriya), Viktor Khokhryakov (Cdr Protzenko), Sergei Bondartchouk (Andreî Valko)
En juillet 1942, la Wehrmacht prend la ville minière de Krasnodon. Des jeunes, en majorité du Komsomol, décident alors de former un groupe résistant antinazi "La Jeune Garde".
Gloire Eternelle, aux membres de la Jeune Garde du Komsomol,
qui ont sacrifié leur vie pour le bonheur de la descendance.
La ville de Krasnodon En Exergue
Guerassimov, qui a échappé aux corvées du culte de la personnalité, est avant tout connu pour sa Jeune Garde. Ce film en deux parties consacré à la résistance antinazie dans le bassin du Don enthousiasma les militants à l'étranger. Tourné en un an et demi sur les lieux mêmes de l'action, il fut, malgré le prix Staline décerné au livre dont il était l'adaptation, soumis en cours de production à d'acerbes critiques, qui lui reprochaient d'exagérer la spontanéité de la résistance et de négliger le rôle du parti. Le résultat fut, selon les termes de Jay Leyda, un des films « artistiquement les moins modestes jamais produits en Union soviétique », et il faut bien en attribuer la responsabilité première au cinéaste. Encyclopédie Universalis
Le film de Guerassimov appartient sans conteste à ce cinéma « patriotique » alors prédominant en Union Soviétique. Tout y est traité de façon contrastée, même si quelques épisodes plus légers viennent détendre l'atmosphère. Les héros sont parfaits et l'ennemi uniformément « noir ». À noter dans ce film, les débuts comme acteur de Serguei Bondartchouk. Encyclopédie Larousse
Un observateur objectif, connaissant les horreurs qui se sont passées à l’Est, ne verra pas de manichéisme ici.
La clarté du récit et son enchainement logique, des jeunes attachants avec leur fougue, les débuts du grand Bondarchuk, et la musique de Chostacovic font de ce film une œuvre émouvante.
Hommes et Bêtes. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov, Tamara Makarova. 1962; 200'. Avec: Nikolai Yeremenko (Alexei Ivanovic Pavlov), Tamara Makarova (Anna Andreevna), Zhanna Bolotova (Tanja), Mikhail Gluzsky (Vasily Klyachko), Karla Assmus ( Annemarie), Sergey Nikonenko (Yuri Pavlov)
En 1942 à Leningrad, un jeune officier Russe est fait prisonnier par les Allemands. Il survit à la Guerre et, après bien des péripéties, décide de rentrer en URRS.
-Oui, la bête vit toujours dans l'homme. Un loup est caché dans l'un d'eux, un renard dans l’autre, un lièvre ou une souris dans un autre. Ou bien plusieurs en même temps chez certains.
-Quelle bête sommeille en moi ? -En toi ? ... Un hérisson.
-Je suppose que vous en avez rencontrés de toutes sortes. -Oui...
-Et lequel est le plus dangereux ? -Je pense que c'est le lièvre.
-Y a-t-il des gens qui n'ont pas de bête en eux ?
-Bien sûr. Ce sont eux qui dirigent le monde. ... Tu ne les as jamais rencontrés ? -Si.
Je rêve de montrer le sens de la modestie combiné au talent.
Sergueï Guerassimov
Ici, tout est en nuance. On admire la calme campagne russe paysanne, les charmes de Zaporizhia avec la splendeur du Dniepr. Et surtout des aspects de l’individu où il se confirme que la valeur humaine n’a pas de frontière nationale et n’est pas un problème de proximité de naissance.
En ne se bloquant pas sur des détails politiques, Lyudi i Zveri est une œuvre sensible proclamant, malgré tout, la foi en l’humanité. Pour cela il aurait mérité le Prix OCIC.
Le Journaliste. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1967; 215'. Avec: Yuri asilyev (Yuri Aliabiev), GalinaPolskikh (Shura Okaemova), NadezhdaFedosova (Anikina), SrgNikonenko (Reutov), ValentinaTelichkina(Valya), VasilyShukshin (journalist EvgenySgvich), SergueïGuerassimov (Alekseï Kolesnikov), TamaraMakarova (Panina)
Le parcours d’un jeune journaliste depuis son enquête sur un petit fait divers jusqu’à son affectation à l’Ouest puis son retour en URSS.
-Tu regardes le drapeau et tu sais ce que dira le délégué. … Non, Yura, la diplomatie ce n'est pas intéressant. [L'Amérixain]
-Le journalisme c'est plus intéressant. [Le Russe]
-Oui, mais malheureusement, c'est la même chose… Je veux te montrer quelque chose. J’ai un carnet où je résume tous mes entretiens. Je divise la feuille en deux parties, à gauche, c'est ce que je publierai. Ce n'est pas franc (courtoisie, …). À droite se trouve ce que je ne publierai pas (c'est franc, c'est mon analyse). Et c'est là que mon pouvoir commence.
-Je te ferai visiter Paris moi-même. Nous allons commencer par le tombeau de Napoléon.
-Juste sans moi. … Je n'irai pas voir votre maudit Bonaparte. … C’est le Hitler du 19e siècle.
-De quoi parlez-vous habituellement, Russes et Américains ?
-Nous avons déjà tout dit.
-« Nous avons découvert que les Américains sont stupides, des personnes narcissiques, des agresseurs, des gangsters ; des enfants handicapés avec un rasoir à la main, une bombe sous le bras. Les Russes sont l'espoir de l’humanité ! »
-Parfois l’homme ne réalise pas tous ses projets car la vie est trop courte. Aujourd'hui, on a regardé la pièce où vous jouez admirablement un rôle qui se termine par un suicide. Voudriez-vous refaire cela dans votre vraie vie ?
-Le suicide ? Jamais ! -Un espace entre l’art et la vie. Comment aider l’homme ?
-Si j’ai bien tout compris, réorganiser la société sur une base raisonnable, et après … C’est de la politique. -Mais, nous avons promis de ne pas parler de politique.
Discussion entre Annie Girardot et Sergueï Guerassimov dans le film
Un film original sur ce thème. Des sujets importants abordés. Tout cela est non seulement passé, mais a été félicité sous Le Degel initié par celui que Staline s’amusait à appeler L’Ukrainien.
Grand prix Festival International du Film de Moscou
Au bord du lac Baïkal. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1969; 173'. Avec: Oleg Jakov (Alexandre Barmine), Natalia Belokhvostikova (Léna, sa fille), Vassili Choukchine (Vassili Tchernykh), Valentina Telitchkina (Valia, journaliste), Mikhail Nojkine ( Gennady Yakovlev), Natalia Bondartchouk (femme dans le train)
Au début des années soixante, les autorités veulent construire une
usine de papier au bord du lac Baïkal. Un scientifique, sa fille
et des locaux, s’y opposent en dénonçant les conséquences
néfastes sur la forêt et l’écosystème du lac.
-De quoi rêves-tu, Lena ?
-Je veux tout avoir. Et cela, pour tout le monde.
-Le paradis est tout simplement humain ; il est en chacun de nous.
-Vous êtes donc totalement opposé au développement de la Sibérie ? Je ne comprends pas !
-Il s’agit de la préservation… -En signalant que pour vous, la nature est une personne.
-Au profit de la nature et de l’homme…
-C’est de la démagogie, école de clowns, une sorte de démagogie Alexandre 1er !
-Je veux juste dire qu’une personne est partie intégrale de la nature et en dépend pour son épanouissement.
-Etait-ce nécessaire de partir ? -Oui ?
-Pourquoi ? -Mon père le voulait. Il disait souvent «On ne peut pas passer toute sa vie au bord d’un lac.»
-Et, que voulait-il dire ainsi ? -N’est-ce pas suffisamment clair ?
У озера est un hymne à ce magnifique lac sibérien bordé de forêts et de montagnes ; il a donc une résonance écologique.
Sergueï Guerassimov, fut un cinéaste majeur de l’après-guerre stalinienne. Il a parlé de la guerre imposée à son pays, de ses efforts de reconstruction et de modernisation. Et, en dépit des contraintes politiques, il n’a jamais oublié l’individu dont le combat intérieur pouvait parfois se heurter à la réalité sociale.
Moloch. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 1999; 108'. Avec: Éléna Roufanova (Eva Braun), Léonid Mozgovoï (Adolf Hitler), Léonid Sokol (Joseph Goebbels), Yelena Spiridonova (Magda Goebbels), Vladimir Bogdanov (Martin Bormann)
Le regard sur un court séjour, fictif, d’Adolph Hitler accompagné de Joseph et Magda Goebbels au Berghof où l’attend Eva Braun.
-Mais les médecins l'ont bien diagnostiquée, oui ou non ?
-Ils peuvent tout te diagnostiquer. Ils confirment toujours ce que tu leur demandes. Qui peut te contredire, à part moi ?
-Continue... Soit encore insolente. Je sais que je mérite le pire.
-Tu ne sais pas être seul. Sans public, tu n'es plus... qu'un cadavre.
-Ah... bien. Et toi ? Qu'es-tu donc ?
-Une femme fortuite. Une domestique qui a ouvert la mauvaise porte.
-Moi aussi, je suis une Hitler ! -Une chanteuse de cabaret !
-Je sais, que tu es là et que tu m'entends. Combien de fois t'ai-je demandé d'écrire un mot à mes parents ? Ils se demandent vraiment si tu m'aimes... Ils craignent que tu me quittes. Tu as sans doute oublié leurs noms. -C'est possible...
-Tu as toujours craint la banalité. Ta cruauté vient de là. Tu sais ce qu'a dit mon père en 1929, quand nous nous sommes connus chez le photographe?"Ce jeune homme est un moins que rien" Il s'est cruellement trompé. Tu l'as mouché, comme tu as mouché des millions de gens… Et même si tu étais un moins que rien ? Et alors ? Je t'aime avec toutes tes faiblesses… J'ai commis un autre grand péché. Un jour, j'ai sectionné le fil de ton téléphone. Tu avais dû perdre une bataille, ou quelque chose comme ça... Je veux juste te dire que je suis fatiguée de cacher mon amour. Je ne supporte plus cette tension. Je suis à bout ! Peut-être ferais-tu mieux de me tuer ?
-Toi... Toi... La beauté est la chose la plus fragile au monde. Qu'est-ce qui peut se comparer à cette force ? Tant que tu es en vie, je serai vivant aussi. … Ah, la faucheuse ! La peste disparaitra bientôt. Nous vaincrons la mort.
-Adi, comment peux-tu dire ça ? La mort, c'est la mort ! Elle est invincible.
Le premier volet de la Quadrilogie du Pouvoir de Sokurov, malgré quelques outrances, est plus qu’une simple comédie.
L’amour existe. Et, cela ne concerne pas les martiens !
Taurus. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 2000; 101'. Avec: Mariya Kuznetsova (Krupskaya), Leonid Mozgovoy (Vladimir Lenin), Sergei Razhuk (Joseph Stalin), Natalya Nikulenko (Sœur), Lev Yeliseyev (médecin)
En fin 1923, Lénine frappé d’un AVC vit ses derniers moments au Manoir de Gorky. Isolé et surveillé par les médecins et les gardes, il n’a que sa femme et sa sœur.
-Marx était encore vivant et Hengels n’était pas là. Il n’était pas de service. Que faisait-il? … Je voulais te poser une question depuis un moment. Comptes-tu continuer à vivre après ma mort?
-Pourquoi me demandes-tu ça?
-Sans raison, simple curiosité. Que penses-tu qu’il arrivera? Le soleil se lèvera-t-il encore? Y aura-t-il toujours autant de perversions? Ou bien tout prendra fin, s’évanouira, disparaîtra? Le vent soufflera-t-il encore?
-Hein? -Répond.
-Oui, il soufflera encore. -Bien. Le vent soufflera, le soleil se lèvera. Le stupide prolétariat se battra contre la porcherie bourgeoise. Jusqu’à se mettre à cracher du sang.
-Ça suffit.
-Tu n’as aucune idée de ce qui t’attend après moi. … Donc, tout continuera pareillement.
-Oui, tout continuera exactement comme avant.
-C’est merveilleusement hilarant…
L’homme ne devrait jamais être un enfant. Il devrait naître plus vieux. Moi aussi, j’aurais pu avoir des enfants. Qu’est-ce que j’en aurais fait ? Je n’arrive pas à l’imaginer. Je les aurais probablement rossés comme de petits veaux. Et où est le mal à donner une fessée à un petit démon en pleine santé qui se croit le centre de l’univers ? En Exergue de la Partie 2
-Certains m’ont raconté qu’on dit «Il est comme Ilitch. Il a déjà pris sa place».
-Et je leur ai répondu «Je suis un simple doigt. Lui, c’est une tour». Des sottises… Mais, quelle est la tâche de la révolution? -L’humanisme…
-Et c'est quoi l’humanisme? Je l’ignore. Pas à ménager les lâches ; n’est-ce pas?! …
Dialogue final entre Lenin et Stalin dans le film
Le second volet de la Quadrilogie est triste comme la maladie et l’approche, consciente, de la mort.
Mélancolique comme l’incapacité de poursuivre son rêve.
Le Soleil. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 2000; 111'. Avec: Issei Ogata (Hirohito), Robert Dawson (général Douglas MacArthur), Kaori Momoi (Kojun), Toshiaki Nishizawa (Yonai), Naomasa Musaka (Anami)
Après les bombardements atomiques du Japon, l’empereur Hiro-Hito depuis son bunker décide de capituler et de rencontrer le général Mac Arthur.
-Je souhaite m'entretenir avec vous des aurores boréales. -Pardon ?
-L'occasion ne m'a jamais été donnée d'en voir. Mon grand-père, l'empereur Meiji, a observé une étrange lueur, une nuit, au-dessus du palais. Il s'en est ouvert à mon père, l'empereur Taishô.
-Je suis confus, mais je pense que cela n'est pas possible.
-Vous mettez en doute le fait que l'empereur Meiji en ait parlé à l'empereur Taishô ?
-Non, Majesté. Je doute de la réalité de cette lumière, qui ne peut se produire à notre latitude.
-Quelle est votre opinion au sujet de ce récit ?
-Je suppose que probablement, Sa Majesté l'empereur Meiji était un remarquable poète.
-L'empereur Meiji était le plus remarquable des poètes. Vous avez sans doute raison. Mais il se trouve que cette légende familiale m'angoisse depuis mon enfance…
-J'ai écrit un nouveau poème. Je vous le récite ? -Oui, récitez le-moi.
-"La neige en hiver ressemble / Aux fleurs de cerisiers du printemps. / Et, en s'amoncelant / Elle efface tristement le temps." -Est-ce tout ?
-Oui, pour l'instant… Où sont nos enfants ? -Ils nous attendent au salon.
-Garde ! Ah.. Au fait, qu'est devenu ce jeune homme qui a enregistré mon allocution au peuple ?
-Il s'est fait hara-kiri, Votre Majesté. -Vous avez essayé de l'en empêcher ?! -Non.
Mon objectif était de montrer le caractère humain de l'Empereur. Un homme d'Etat qui a préféré l'humiliation politique à la mort d'êtres humains. Alexander Sokurov
Dans le troisième volet le pouvoir ne résulte pas d’une lutte farouche, mais d’un droit divin. Et, Hiro-Hito en décidant d’épargner les vies de ses sujets en dépit de ses codes d’honneur et de croyance plaide pour le propos de Sokurov.
Les détails de la capitulation, malgré tout ce qu’on peut reprocher au militarisme japonais, ne font pas entièrement honneur au respect du vainqueur pour cette civilisation non "caucasienne".
Faust. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 2000; 111'. Avec: Johannes Zeiler (Faust), Anton Adasinsky (Usurier), Isolda Dychauk (Margarete), Georg Friedrich (Wagner), Hanna Schygulla (femme Usurier), Florian Brückner (Valentin), Antje Lewald (mère Margarete), Sigurdur Skúlason (père Margarete)
Librement inspiré de l'histoire de Goethe, Alexandre Sokourov réinterprète radicalement le mythe. Faust est un penseur, un rebelle et un pionnier, mais aussi un homme anonyme fait de chair et de sang conduit par la luxure, la cupidité et les impulsions. Synopsis Editeur
-Nous sauverons Margarete.
-Bien sûr que non. Et même si nous le voulions... Voudra-t-elle être sauvée par nous ?
-Par toi, peut-être pas... -Tu es mon associé. Nous avons un contrat. -C'est donc ainsi !
-Tu peux rester ici si tu veux. Même sans âme.
-Pourquoi m'as-tu montré ces fous... qui même dans le sommeil de la mort n'oublient pas leur guerre ? Que m'as-tu donné ? Même pas de l'argent pour ma bague. Pouvoir ! Influence ! De tels biens sont à saisir soi-même. Nature et esprit, c'est tout ce qu'il faut pour créer sur cette terre libre un peuple libre.
This is their life and they are convinced in what they do. Time, history, will show who was right, me or them. But I think it’s very bad when politics is intruding in artistic choices. The artist must stay on the side of art and culture, not of the regime or political issues…but the pressure of power is heavy in every country and so the artist is forced to close the border with the other side. It’s not only in Russia, if an artist in Western Europe proposes something against the political values, maybe he will have difficulties too. Alexander Sokurov
Quelle merveilleuse idée que d’avoir choisi la légende de Faust, l’homme qui vendit son âme au diable pour un statut quasi divin, en conclusion de la Quadrilogie du Pouvoir !
Alexander Sokurov fut un grand cinéaste de la fin de l’URSS et de la Russie du début du 21e siècle. Le Prix Robert-Bresson scellera à jamais son discernement et son humanisme.
Lion d'or Venise, Nica Russie