Le Père Serge. Réalisation, Scénario: Yakov Protazanov, Alexandre Volkoff. 1917; 76'. Avec: Ivan Mozzhukhin (prince Kasatski), Olga Kondorova (comtesse Korotkova), V. Dzheneyeva (Maria, fille), Vladimir Gajdarov (Ytasr Nicolas 1), Nikolai Panov (père de Kasatski) Nathalie Lissenko (veuve de Makovkin)
A la cour du Tsar, un jeune aristocrate officier, apprenant que sa fiancée n’était pas aussi pure qu’il le croyait, quitte tout, pour entrer dans les ordres.
D’après la nouvelle de Tolstoï. Grand succès, grâce à la maitrise parfaite du plus vieux réalisateur russe, Protazanov, qui a adapté à l’écran l’œuvre du grand écrivain.
En Exergue
Une œuvre surprenante de beauté et de modernité. Le personnage principal, orgueilleux et tourmenté, possède une complexité rare dans le cinéma de l'époque.
Encyclopédie Larousse
Le père Serge s’est éloigné du pouvoir, du mensonge et de la tentation dans la quête d’un idéal. Ce fut un grand succès de Yakov Protazanov, l’un des pères du cinéma russe, dans la période prérévolutionnaire.
La Fille sans dot. Réalisation, Scénario: Yakov Protazanov, Vladimir Schweizer. 1936; 86'. Avec: Nina Alissova (Larissa Ogudalova), Olga Pyjova (mère de Larissa), Anatoli Ktorov (Sergueï Paratov), Mikhail Klimov (Moki Knourov), Boris Tenine (Vassili Vojevatov), Vladimir Balikhine (Yuli Karandychev)
Dans la Russie tsariste de la fin du 19e siècle, une belle jeune fille sans dot a du mal à trouver un mari qui lui convienne.
-Ils ne te considèrent pas comme un être humain. Ils te considèrent comme un objet.
-Un objet, un objet… Je suis un objet ! Ils ont raison. Enfin, on a trouvé un mot pour ce que je suis !
-Lève-toi ! Viens !
-Va-t’en ! Laisse-moi ! Chaque objet devrait avoir un propriétaire.
Un témoigne sur les valeurs de l’ancienne Russie ? Ou simplement des vérités universelles ?
Mais l'image d’une société sclérosée, bercée par "La Pathétique" de Tchaïkowsky semble difficile à écarter.
Médaille d'or Exposition Universelle de Paris
Aelita. Réalisation, Scénario: Iakov Protazanov, Fedor Ozep. 1924; 113'. Avec: Nicolai Tsereteli (Los), Youlia Solntseva (Aelita), Igor Illinski (Krastkov), Nikolaï Batalov (Goussev), Valentina Kuindji ( Natacha), Iouri Zavadski (Gor)
Au début des années vingt à Moscou, un ingénieur rêve d’aller sur Mars. Il s’envole, avec trois autres personnes, pour trouver là-bas une société ressemblant étrangement à celles qu’il a déjà vues ici.
Follow our example, comrades! Unite into a family of workers in a Martian Union of Soviet Socialist Republics.
La montagne a accouché d'une souris ; beaucoup de bruit pour peu. Un an de travail, d’énormes dépenses de mise en scène et de publicité, la meilleure organisation technique possible, un célèbre réalisateur, des acteurs intéressants, un roman célèbre...
Et comme résultat, un rêve idiot de petit bourgeois. Izvestia
Ce fut le premier film de science-fiction soviétique. Des décors réussis quelques innovations techniques. Mais dans toute la première partie, il y a les scènes de débrouillardise, les tickets, les pénuries. Après, quelques slogans, qui sonnent même un peu sarcastiques, ne pouvaient pas sauver l’ensemble, des foudres de la critique soviétique.
Ce film, novateur et à grand spectacle, ne fut pas censuré uniquement à cause de son immense succès auprès du grand public qui l’a compris "au premier degré" et qu’il a distrait.
L'Homme à la caméra. Réalisation, Scénario: Dziga Vertov. 1929; 68'. Avec: Mikhail Kaufman (L'opérateur), Elizaveta Svilova (l'assistante monteuse)
L'homme à la caméra, enregistrement sur pellicule en 6 bobines, production VOUFKOU, 1929, extrait du journal de bord d'un opérateur de cinématographe. A l'attention des spectateurs. Le film que vous allez voir est un essai de diffusion cinématographique de scènes visuelles. Sans recours aux intertitres (le film n'a pas d'intertitres), sans recours à un scénario (le film n'a pas de scénario), sans recours au théâtre (le film n'a pas de décor, pas d'acteurs, etc.).
Cette œuvre expérimentale a pour but de créer un langage cinématographique absolu et universel complètement libéré du langage théâtral ou littéraire.
Auteur et conducteur de l'expérimentation : Dziga VERTOV, chef opérateur : M Kaufman, assistante monteuse : E Svilova. En Exergue
Le cinéma dramatique est l'opium du peuple. Vive le ciné-œil de la Révolution ! (…)
Nous mettons à la porte : les étreintes exquises des romances, le poison du roman psychologique, les griffes du théâtre amoureux, la musique envahissante.
Dziga Vertov, Manifeste du Ciné-œil, 1923
Vertov aspirait à cette forme de communication généralisée. Il souhaitait être mandaté par le Komintern, pour mettre en relation les prolétaires du monde entier qui deviendraient des sortes de correspondants. Faire circuler entre eux leurs images, étant lui-même moins réalisateur que coordinateur mettant en rapport ces apports. Et déclencher ainsi la révolution mondiale à laquelle aspiraient alors la plupart des militants bolcheviques.
François Albera, sur Le Ciné-œil de la révolution, Ecrits sur le Cinéma, de Dziga Vertov
Le ciné-œil n'est pas seulement le symbole d'une vision, mais aussi d'une contemplation. Or, nous ne devons pas contempler, mais agir. Ce n'est pas un ciné-œil qu'il nous faut, mais un ciné-poing. Le cinéma soviétique doit fendre les crânes! Et ce n'est pas "par le regard réuni de millions d'yeux" que nous lutterons contre le monde bourgeois. Sergei Eisenstein
Un cinéaste original. Qui mérite d’être connu.
La Symphonie du Donbass. Réalisation, Scénario: Dziga Vertov. 1930; 65'. Avec: Musique: "La symphonie du Donbass" de Timofeev, final de "La symphonie du 1er mai" de Chostakovitch, Monteuse: Elisabeth Svilova
La Symphonie du Donbass de Dziga Vertov est un classique du cinéma révolutionnaire soviétique sur le plan quinquennal de la fin des années 1920. Il est considéré comme un chef-d’œuvre du documentaire et du cinéma avant-gardiste. Vénéré comme une étape marquante par Charlie Chaplin, entre autres, le film tomba dans l’oubli dans les années 1930, pour être redécouvert par l’avant-garde des années soixante. Synopsis Editeur
On devrait plutôt parler de "cacophonie du Donbass" !
Izvestia
A l’occasion de la journée d’étude autour de l’œuvre et des écrits de Dziga Vertov (…) le Centre Pompidou présente Enthousiasme (La Symphonie du Donbass).
Premier film sonore de Dziga Vertov, Enthousiasme (La Symphonie du Donbass) documente l’intense activité minière de la région du Donbass actuellement en Ukraine. Réalisé en 1930, ce film est marqué par la richesse singulière des expérimentations sonores conçues par Vertov à partir des sons enregistrés dans le paysage industriel du Donbass. Véritable symphonie sonore et visuelle des temps modernes et de l’industrialisation à marche forcée, Enthousiasme fait du rapport entre son et image la base d’un nouveau langage cinématographique. Centre Pompidou, Paris déc 2017
La Symphonie du Donbass, avec ses jeux de machines automatiques, de lumières et de sons, chante l’effort industriel pour cette région ; dans la démarche du Ciné-œil. Sur ce plan c’est une réussite.
Mais le créatif Vertov a eu tort de ne pas avoir assez cogité la précédente remarque du plus illustre des réalisateurs soviétiques de la période Révolution. L’avis des Izvestia ici, fut confirmé par les Critiques Staliniens qui le classèrent parmi les Artistes Cosmopolites. Un qualificatif qui me comblerait personnellement, mais qui, dans leur bouche marquait la fin de ce remarquable artiste.
L'Instituteur. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1939; 97'. Avec: Boris Tchirkov (Stepan), Tamara Makarova (Grunya), Lyudmila Shabalina (Mariya Ivanovna Lautina), Pavel Volkov (Ivan Fedorovich Lautin), Valentina Telegina ( Stepanida Ivanovna Lautina), Vera Pomerants (Praskoviya Vasilyevna Lautina)
Dans les années 30, un jeune instituteur revient dans son village natal. Il fait construire une école malgré les réticences des kolkhoziens locaux. Ces efforts lui valent une élection au Soviet Fédéral.
-Camarades, le moment est venu de clarifier certaines choses. Je suis allé étudier à Moscou. Je suis revenu pour essayer de créer une vraie école. En un mot une école décente et digne.
-OK, c’est tellement utile que tout le monde est là ? Que tout le kolkhoze est d’accord ? …
-Oui.
kolkhoze (russe kolkhoz, abréviation de kollektivnoïe khoziaïstvo, exploitation collective) :
En U.R.S.S., exploitation agricole fondée sur la propriété collective des moyens de production, développée surtout à partir de 1930. Larousse
Le 7 août 1932, le gouvernement édicte une loi qui condamne à dix ans de camp tout vol aux dépens du kolkhoze. En quatre mois, plus de cent mille kolkhoziens sont condamnés pour avoir volé quelques épis dans les champs collectifs. La conséquence ultime de ce cycle prélèvement-résistance-répression est une terrible famine, totalement passée sous silence, niée par le régime soviétique jusqu'en 1988, qui fait, principalement en Ukraine, dans le Caucase du Nord et au Kazakhstan, environ six millions de victimes.
Encyclopédie Universalis
Il faut noter dans ce film l’intérêt du pouvoir soviétique pour la scolarisation de masse. Quelques visions (de loin) des vastes champs kolkhoziens, les joyeuses fêtes villageoises arrosées, les musiques et danses traditionnelles, et l’amour discret d’une jeune fille donnent à l’ensemble une note sympathique.