PROJET : ALLEMANDS, JAPONNAIS, RUSSES, BRITANIQUES
ALLEMANDS Murnau : Faust une légende allemande, 1926 ; L'Aurore, 1927
Murnau : Faust une légende allemande, 1926 ; L'Aurore, 1927
Riefenstahl : La Lumière bleue, 1932 ; Le Triomphe de la volonté, 1935 ; Les Dieux du stade, 1938 ; Tiefland, 1954 ;
Ucicky : Le Maître de poste, 1940
Schlöndorff : Le Tambour, 1979
Simon : La Femme et l'Étranger, 1985
Herzog : Signes de vie, 1968 ; Aguirre la colère de Dieu, 1972 ; Fitzcarraldo, 1982 ;
Fassbinder : Les Larmes amères de Petra von Kant, 1972 ; Tous les autres s'appellent Ali, 1974 ; Lili Marleen, 1981 ; Le Secret de Veronika Voss, 1982
Wenders : L'État des choses, 1982 ; Paris Texas, 1984 ; Les Ailes du désir, 1987 ; Le Sel de la Terre, 2014
JAPONAIS Mizoguchi : L'Élégie d'Osaka, 1936 ; L'amour de l'actrice Sumako, 1947 ; La Vie d'O'Haru femme galante, 1952 ; Les contes de la lune vague après la pluie, 1953 ; L'Intendant Sansho, 1954 ; Les amants crucifiés, 1954 ; La rue de la honte, 1956
Ozu : Printemps tardif, 1949 ; Été précoce, 1951 ; Le Goût du riz au thé vert, 1952 ; Crépuscule à Tokyo, 1957 ; Fin d'automne, 1960 ; Le Goût du saké, 1962
Naomi Kawase : Suzaku, 1997 ; La Forêt de Mogari, 2007
Les Russes
Yakov Protazanov: Le Père Serge, 1917 ; La Fille sans dot, 1936
L'Ombre d'un doute. Réalisation, Scénario: Alfred Hitchcock, Sally Benson, Alma Reville, Thornton Wilder. 1943; 108'. Avec: Joseph Cotten (Oncle Charlie Oakley), Teresa Wright (la jeune Charlie Newton), MacDonald Carey (Jack Graham), Patricia Collinge
A young woman's loyalties are tested when her uncle arrives for a visit, followed by a detective who suspects him of being a serial killer. Editor Synopsis
-You better go to sleep, baby. You said your prayers? -I forgot.
-You better say them. -I lay me down to sleep. I pray the Lord my soul to keep...
-Don't bless too many people. It's late.
-I pray the Lord my soul to take. God bless Mama, Papa, Captain Midnight, Veronica Lake, and the President of the United States...
-You can't say them all tonight, dear. -Oh, and Uncle Charlie. Amen.
-The cities are full of women, middle-aged widows. Husbands dead, husbands who've spent their lives making fortunes, and then they die and leave their money to their wives, their silly wives. And what do the wives do, these useless women? You see them in the hotels, the best hotels every day by the thousands, drinking the money, eating the money, losing the money at bridge, playing all day and all night, smelling of money. Proud of their jewellery, but of nothing else. Horrible, faded, fat, greedy women.
-But they're alive! They're human beings!
-Are they? Are they, Charlie? Are they human, or are they fat, wheezing animals, huh? And what happens to animals when they get too fat and too old?
What film are you most proud of?
Two films. The first is Shadow of a Doubt, which I wrote with Thornton Wilder. This was one of those rare occasions when suspense and melodrama combined well with character. It was shot in the original town and it had a freshness. Alfred Hitchcock, interview NFT
En revoyant, posément, ce film j’ai compris pourquoi je n’ai jamais été spécialement fan de films policiers et ce, qu’inconsciemment, je leur reprochais. Le choix de Shadow of a Doubt par Hitchcock est compréhensible ; c’est un grand film.
National Film Registry US
Les Enchaînés. Réalisation, Scénario: Alfred Hitchcock, Ben Hecht. 1946; 108'. Avec: Cary Grant (TR Devlin), Ingrid Bergman (Alicia Huberman), Claude Rains (Alexander Sebastan), Mme Konstantin (Mrs Anna Sebastian)
The American daughter of a convicted Nazi spy is recruited to infiltrate a group of Nazi friends who are now living in South America. Editor Synopsis
-After dinner. -No, now. Look, I'll make it easy for you. The time has come when you must tell me that you have a wife and two adorable children and this madness between us can't go on any longer. …
-We have other things to talk about. We've got a job… for you… You remember a man named Sebastian? You've got to work on him and land him.
-Mata Hari. She makes love for the papers. … Did you say anything? I mean, that maybe I wasn't the girl for such shenanigans?
-I didn't say anything. -Not a word for that little lovesick lady you left an hour ago? … Do you want me to take the job?
-You're answering for yourself. -I am asking you. -It's up to you...
Notorius pose le problème des sentiments personnels face au Devoir. Truffaut a beaucoup aimé ce film : avec des arguments techniques, il a estimé qu’en utilisant peu d’éléments on arrivait à un maximum de résultats, et que c’était la « quintessence de Hitchcock ».
Le National Film Preservation Board eut un avis similaire, ou a estimé que l’intérêt supérieur de l’Etat étant au-dessus de l’amour, il fallait conserver cette œuvre à la Bibliothèque du Congrès.
National Film Registry US
Les Larmes amères de Petra von Kant. Réalisation, Scénario: Rainer Werner Fassbinder. 1972; 124'. Avec: Margit Carstensen (Petra von Kant), Hanna Schygulla (Karin Thimm), Irm Hermann (Marlene), Eva Mattes (Gabriele von Kant), Katrin Schaake (Sidonie von Grasenalb), Gisela Fackeldey (Valerie von Kant)
Une femme de la grande bourgeoisie, créatrice de mode, vit une passion douloureuse avec une jeune femme de condition plus modeste, Karin, qui rêve de devenir mannequin.
Synopsis Editeur
-Marlene ! Mes chaussures ! Vite !
-Je commence à croire qu'elle est cinglée.
-Elle n'est pas cinglée, elle m'aime.
-Bien du plaisir !
Aujourd’hui, avec plus de 200 premières dans le monde entier, PETRA VON KANT est devenue la pièce de théâtre la plus jouée de RWF. L’adaptation filmique n’a pas essayé de camoufler l’origine théâtrale du sujet. On y voit clairement une répartition en cinq actes, toute l’action se déroule en un même espace.
Le film traite d’un sujet d’une importance fondamentale dans l’univers de Fassbinder : l’amour est-il une alternative au manque de liberté dominant, ou est-il plutôt une reproduction de ce manque de liberté ? (D’après Rainer Werner Fassbinder, La vie et l’œuvre d’un génie sans limites de Christian Braad Thomsen)
RWF : « Mon avis sur les relations amoureuses classiques est le suivant : les relations de couples reproduisent les stratégies de domination de la société existante. »
Werner Fassbinder Foundation
Un univers auquel il faut s’habituer… Pour essayer d’en deviner les sombres abysses…
Goldener Bär Berlin, One of the year's top five foreign films UK
Réalisation, Scénario: Margarethe von Trotta, . 1990; 105'. Avec: Barbara Sukowa (Martha), Stefania Sandrelli (Anna), Sami Frey (Victor), Jan Paul Biczycki (Swirnarsky), Alexandre Mnoushkine (Andrej), Kadidia Diarra (bambina), Pierre Deny (giornalista), Bernard Tachl (portiere), Sottigui Kouyate (ragazzo negro), Jacques Sernas (dott. Wargnier)
Fenêtre sur cour. Réalisation, Scénario: Alfred Hitchcock, John Michael Hayes. 1954; 109'. Avec: James Stewart (Jefferies), Grace Kelly (Lisa Carol Fremont), Wendell Corey (Thomas Doyle), Thelma Ritter (Stella), Raymond Burr (Lars Thorwald), Georgine Darcy (Miss Torso), Judith Evelyn (Miss Lonely Hearts), Ross Bagdasarian (compositeur), Jesslyn Fax (Mademoiselle Hearing Aids), Irene Winston (Madame Thorwald), Rand Harper (jeune mariée), Havis Davenport (jeune marié), Alan Lee (propriétaire)
A photographer confined to a wheelchair after an accident spies on his neighbours and suspects one of them is a murderer. Editor Synopsis
National Film Registry US
Crépuscule à Tokyo. Réalisation, Scénario: Yasujiro Ozu, Kogo Noda. 1957; 141'. Avec: Setsuko Hara (Takako Numata), Ineko Arima (Akiko Sugiyama), Chishû Ryû (Shukichi Sugiyama), Isuzu Yamada (Kisako Soma), Haruko Sugimura (Shigeko Takeuchi), Teiji Takahashi (Noburo Kawaguchi), Masami Taura (Kenji Kimura), Nobuo Nakamura (Sakae Aiba), Kinzô Shin (Yasuo Numata)
Un père divorcé, vivant avec sa fille étudiante, voit débarquer sa fille ainée ayant des problèmes avec son mari.
-Je ne compte pas me marier. C'est impossible. -Mais pourquoi ?
-Parce que je ne veux pas.
-Je ne suis pas un bon exemple, Akiko. Mais, il y a beaucoup de mariages heureux. C'est le mien qui est une exception. Tu es jeune. Ton bonheur viendra, j'en suis certaine.
-Takako, laisse-moi dormir s’il te plait.
-Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. Je te laisse dans le noir.
Les films d’Ozu montrent le déclin de la famille japonaise, et donc celui d’une identité nationale. Ils font cela sans dénoncer ou mépriser le progrès et la culture occidentale ; mais plutôt en déplorant, avec une nostalgie distanciée, la perte de valeurs anciennes. Bien que japonais, ces films peuvent prétendre à une compréhension universelle.
Wim Wenders
Un film constamment en clair-obscur comme la froideur et les angoisses de ces journées hivernales.
Une remarquable composition. Et peut-être, le plus mélancolique des Ozu.
Suzaku. Réalisation, Scénario: Naomi Kawase. 1997; 97'. Avec: Jun Kunimura (Kozo Tahara), Machiko Ono (Michiru Tahara à 18 ans), Sayaka Yamaguchi (Michiru à 3 ans), Sachiko Izumi (Sachiko Tahara), Kotaro Shibata (Eisuke Tahara à 26 ans), Kazufumi Mukohira (Eisuke à 11 ans), Yasuyo Kamimura (Yasuyo Tahara)
Une famille de sylviculteurs dans un petit village de montagne est frappée par la crise économique. La plupart des habitants s’exilent, certains s’accrochent à un projet de tunnel.
Avec mon voisin,/ mon cher Iku-Chan,/ assis dans l'arbre,/ le gros arbre à côté de la porte,/ main dans la main.../ nous regardions le ciel,/ et nous avons vu le soleil fondre.../ de chaleur.
Mon cinéma est sur ce que l’on ne voit pas, qui est pour moi bien plus important que ce que l’on voit. C’est le grand défi, de rendre visible l’invisible. Je filme une tasse, mais derrière, il y a des souvenirs : ce n’est pas l’objet mais ce qu’il rappelle à lui qui m’intéresse. Rendre à l’écran l’intangible, j’y parviens non seulement par les dialogues – c’est le plus évident – mais surtout par le rythme du montage et la combinaison des différents sons. Naomi Kawase
Un voyage dans une belle vallée perdue dans les montagnes japonaises, avec ses drames. Des silences … parfois expressifs. Le style, tout en douceur, de la réalisatrice Naomi Kawase mérite d’être découvert.
Caméra d'or Cannes, FIPRESCI NL
La forêt de Mogari. Réalisation, Scénario: Naomi Kawase. 2007; 97'. Avec: Machiko Ono (Machiko), Shigeki Uda (Shigeki), Makiko Watanabe (Wakako), Kanako Masuda (Mako)
Shigeki vit dans une petite maison de retraite où arrive une nouvelle aide-soignante, Machiko. Ils partagent sans le savoir une douleur écrasante : la perte d’un être cher. À la suite d’un accident de voiture qui les laisse seuls et désemparés, le vieil homme s’enfonce dans une forêt voisine. Machiko le suit. Au cœur de cette nature toute puissante, ils vont enfin faire leur deuil. Synopsis Editeur
-"Être vivant" a deux sens: l'un c'est manger, l''autre c’est avoir la sensation de vivre. Mangez-vous ? -Oui ! -Alors, vous êtes vivant. C’est la réponse dans la plupart des cas. Mais quand vous ne pouvez pas répondre au deuxième sens par vous-même, il y a des points à approfondir …
A propos de Mogari. C'est la période consacrée au deuil, à regretter le mort vénéré, ou encore le lieu du deuil. L'étymologie de ce mot serait "Mo Agari", la fin du deuil. En Epilogue
Le trajet du film mène vers un centre improbable de cette nature à la fois luxuriante et triviale, où girait l’objet matériel, trace concrète dont l’absence produit dans les esprits un trouble et une conclusion que métaphorise le décor végétal. Mais Kawase excelle à pulvériser cette trop franche opposition nature/psychisme …
La sensation et l’émotion parlent secrètement au creux des arbres et au détour des sentiers, dans l’humidité de l’humus et le doux rayonnement des plantes, d’autant mieux que le film, lui, ne "dit " rien. Cahiers du cinéma
J'ai envie d’apporter une attention particulière aux êtres qui n’arrivent pas à s’exprimer ; qui n’ont pas la parole, comme la nature qui pourtant a un message. C’est ce que je ressens et cela vient aussi de notre culture. Nous estimons que dans la nature se trouvent les kamis, divinités nippones que nous vénérons. Nous avons beaucoup de catastrophes naturelles aux conséquences terribles, et pourtant nous continuons à vénérer la nature à travers ces divinités. Cette coexistence avec la nature est dans l’identité des Japonais.
Il y a instinctivement dans mes films la tendance à transmettre le message de la nature.
Naomi Kawase
Des personnes âgées, et d’autres, ont parfois des rappels sur leur vie, la mort … nous invitant à les suivre dans ces champs bien alignés et les forêts majestueuses. La sensibilité de Naomi Kawase nous laisse alors entrevoir une certaine spiritualité.
Au bord du lac Baïkal. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1969; 173'. Avec: Oleg Jakov (Alexandre Barmine), Natalia Belokhvostikova (Léna, fille), Vassili Choukchine (Vassili Tchernykh), Valentina Telitchkina (Valia, journaliste), Mikhail Nojkine ( Gennady Yakovlev), Natalia Bondartchouk (femme dans le train)
Au début des années soixante, les autorités décident de construire une usine de papier au bord du lac Baïkal. Les locaux, dont un scientifique et sa fille s’y oppose en dénonçant les conséquences néfastes sur la forêt et l’écosystème du lac.
-De quoi rêves-tu, Lena ?
-Je veux tout avoir. Et cela, pour tout le monde.
-Le paradis est tout simplement humain ; il est en chacun de nous.
-Vous êtes donc totalement opposé au développement de la Sibérie ? Je ne comprends pas !
-Il s’agit de la préservation… -En signalant que pour vous, la nature est une personne.
-Au profit de la nature et de l’homme…
-C’est de la démagogie, école de clowns, une sorte de démagogie Alexandre 1er !
-Je veux juste dire qu’une personne est partie intégrale de la nature et en dépend pour son épanouissement.
-Etait-ce nécessaire de partir ? -Oui ?
-Pourquoi ? -Mon père le voulait. Il disait souvent «One peut pas passer toute sa vie au bord d’un lac.»
-Et, que voulait-il dire ainsi ? -N’est-ce pas suffisamment clair ?
У озера, hymne à ce magnifique lac sibérien bordé de forêts et de montagnes, a donc résonance écologique.
Sergueï Guerassimov, fut un cinéaste majeur de l’après-guerre stalinienne. Il a parlé de la guerre imposée à son pays, de ses efforts de reconstruction et de modernisation. Et, en dépit des contraintes politiques, il n’a jamais oublié l’individu dont le combat intérieur pouvait parfois se heurter à la réalité sociale.
La Jeune Garde. Réalisation, Scénario: Sergueï Guerassimov. 1948; 161'. Musique: Dmitri Chostakovitch. Avec: Vladimir Ivanov (Oleg Koshevoy), Inna Makarova (Lyubov Shevtsova), Nonna Mordyukova (Uliana), Sergei Gurzo (Sergei Tyulenin), Lyudmila Shagalova ( Valeriya), Viktor Khokhryakov (Cdr Protzenko), Sergei Bondartchouk (Andreî Valko)
En juillet 1942, la Wehrmacht prend la ville minière de Krasnodon. Des jeunes, en majorité du Komsomol, décident alors de former un groupe résistant antinazi "La Jeune Garde".
Gloire Eternelle, aux membres de la Jeune Garde du Komsomol,
qui ont sacrifié leur vie pour le bonheur de la descendance.
La ville de Krasnodon En Exergue
Guerassimov, qui a échappé aux corvées du culte de la personnalité, est avant tout connu pour sa Jeune Garde. Ce film en deux parties consacré à la résistance antinazie dans le bassin du Don enthousiasma les militants à l'étranger. Tourné en un an et demi sur les lieux mêmes de l'action, il fut, malgré le prix Staline décerné au livre dont il était l'adaptation, soumis en cours de production à d'acerbes critiques, qui lui reprochaient d'exagérer la spontanéité de la résistance et de négliger le rôle du parti. Le résultat fut, selon les termes de Jay Leyda, un des films « artistiquement les moins modestes jamais produits en Union soviétique », et il faut bien en attribuer la responsabilité première au cinéaste. Encyclopédie Universalis
Le film de Guerassimov appartient sans conteste à ce cinéma « patriotique » alors prédominant en Union Soviétique. Tout y est traité de façon contrastée, même si quelques épisodes plus légers viennent détendre l'atmosphère. Les héros sont parfaits et l'ennemi uniformément « noir ». À noter dans ce film, les débuts comme acteur de Serguei Bondartchouk. Encyclopédie Larousse
Un observateur objectif, connaissant les horreurs qui se sont passées à l’Est, ne verra pas de manichéisme ici.
La clarté du récit et son enchainement logique, des jeunes attachants avec leur fougue, les débuts du grand Bondarchuk, et la musique de Chostacovic font de ce film une œuvre émouvante.
Lion d'or Venise, Médaille d'or CIO, Deutschen Filmpreis DE, Polar-Preis SE
Moloch. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 1999; 108'. Avec: Éléna Roufanova (Eva Braun), Léonid Mozgovoï (Adolf Hitler), Léonid Sokol (Joseph Goebbels), Yelena Spiridonova (Magda Goebbels), Vladimir Bogdanov (Martin Bormann)
Le regard sur un court séjour, fictif, d’Adolph Hitler accompagné de Joseph et Magda Goebbels au Berghof où l’attend Eva Braun.
-Mais les médecins l'ont bien diagnostiquée, oui ou non ?
-Ils peuvent tout te diagnostiquer. Ils confirment toujours ce que tu leur demandes. Qui peut te contredire, à part moi ?
-Continue... Soit encore insolente. Je sais que je mérite le pire.
-Tu ne sais pas être seul. Sans public, tu n'es plus... qu'un cadavre.
-Ah... bien. Et toi ? Qu'es-tu donc ?
-Une femme fortuite. Une domestique qui a ouvert la mauvaise porte.
-Moi aussi, je suis une Hitler ! -Une chanteuse de cabaret !
-Je sais, tu es là et tu que m'entends. Combien de fois t'ai-je demandé d'écrire un mot à mes parents ? Ils se demandent vraiment si tu m'aimes... Ils craignent que tu me quittes. Tu as sans doute oublié leurs noms. -C'est possible.
-Tu as toujours craint la banalité. Ta cruauté vient de là. Tu sais ce qu'a dit mon papa en 1929, quand nous nous sommes connus chez le photographe?"Ce jeune homme est un moins que rien."Il s'est cruellement trompé. Tu l'as mouché, comme tu as mouché des millions de gens… Et même si tu étais un moins que rien ? Et alors ? Je t'aime avec toutes tes faiblesses… J'ai commis un autre grand péché. Un jour, j'ai sectionné le fil de ton téléphone. Tu avais dû perdre une bataille, ou quelque chose comme ça... Je veux juste te dire que je suis fatiguée de cacher mon amour. Je ne supporte plus cette tension. Je suis à bout ! Peut-être ferais-tu mieux de me tuer ?
-Toi... Toi... La beauté est la chose la plus fragile au monde. Qu'est-ce qui peut se comparer à cette force ? Tant que tu es en vie, je serai vivant aussi. … Ah, la faucheuse ! La peste disparaitra bientôt. Nous vaincrons la mort.
-Adi, comment peux-tu dire ça ? La mort, c'est la mort ! Elle est invincible.
La quadrilogie du pouvoir de Sokurov dont voici le premier volet, au-delà de quelques outrances, est plus qu’une simple comédie. L’amour existe. Et, cela ne concerne pas les martiens !
Taurus. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 2000; 101'. Avec: Mariya Kuznetsova (Krupskaya), Leonid Mozgovoy (Vladimir Lenin), Sergei Razhuk (Joseph Stalin), Natalya Nikulenko (Sœur), Lev Yeliseyev (médecin)
En fin 1923, Lénine frappé d’un AVC vit ses derniers moments au Manoir de Gorky. Isolé et surveillé par les médecins et les gardes, il n’a que sa femme et sa sœur.
-Marx était encore vivant et Hengels n’était pas là. Il n’était pas de service. Que faisait-il? … Je voulais te poser une question depuis un moment. Comptes-tu continuer à vivre après ma mort?
-Pourquoi me demandes-tu ça?
-Sans raison, simple curiosité. Que penses-tu qu’il arrivera? Le soleil se lèvera-t-il encore? Y aura-t-il toujours autant de perversions? Ou bien tout prendra fin, s’évanouira, disparaîtra? Le vent soufflera-t-il encore?
-Hein? -Répond.
-Oui, il soufflera encore. -Bien. Le vent soufflera, le soleil se lèvera. Le stupide prolétariat se battra contre la porcherie bourgeoise. Jusqu’à se mettre à cracher du sang.
-Ça suffit.
-Tu n’as aucune idée de ce qui t’attend après moi. … Donc, tout continuera pareillement.
-Oui, tout continuera exactement comme avant.
-C’est merveilleusement hilarant…
L’homme ne devrait jamais être un enfant. Il devrait naître plus vieux. Moi aussi, j’aurais pu avoir des enfants. Qu’est-ce que j’en aurais fait ? Je n’arrive pas à l’imaginer. Je les aurais probablement rossés comme de petits veaux. Et où est le mal à donner une fessée à un petit démon en pleine santé qui se croit le centre de l’univers ? En Exergue de la Partie 2
-Certains m’ont raconté qu’on dit «Il est comme Ilitch. Il a déjà pris sa place».
-Et je leur ai répondu «Je suis un simple doigt. Lui, c’est une tour». Des sottises… Mais, quelle est la tâche de la révolution? -L’humanisme…
-Et c'est quoi l’humanisme? Je l’ignore. Pas à ménager les lâches ; n’est-ce pas?! …
Dialogue final entre Lenin et Stalin dans le film
Le second volet de la Quadrilogie est triste comme la maladie et l’approche, consciente, de la mort.
Mélancolique comme l’incapacité de poursuivre son rêve.
Le Soleil. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 2000; 111'. Avec: Issei Ogata (Hirohito), Robert Dawson (général Douglas MacArthur), Kaori Momoi (Kojun), Toshiaki Nishizawa (Yonai), Naomasa Musaka (Anami)
Après les bombardements atomiques du Japon, l’empereur Hiro-Hito depuis son bunker décide de capituler et de rencontrer le général Mac Arthur.
-Je souhaite m'entretenir avec vous des aurores boréales. -Pardon ?
-L'occasion ne m'a jamais été donnée d'en voir. Mon grand-père, l'empereur Meiji, a observé une étrange lueur, une nuit, au-dessus du palais. Il s'en est ouvert à mon père, l'empereur Taishô.
-Je suis confus, mais je pense que cela n'est pas possible.
-Vous mettez en doute le fait que l'empereur Meiji en ait parlé à l'empereur Taishô ?
-Non, Majesté. Je doute de la réalité de cette lumière, qui ne peut se produire à notre latitude.
-Quelle est votre opinion au sujet de ce récit ?
-Je suppose que probablement, Sa Majesté l'empereur Meiji était un remarquable poète.
-L'empereur Meiji était le plus remarquable des poètes. Vous avez sans doute raison. Mais il se trouve que cette légende familiale m'angoisse depuis mon enfance…
-J'ai écrit un nouveau poème. Je vous le récite ? -Oui, récitez le-moi.
-"La neige en hiver ressemble / Aux fleurs de cerisiers du printemps. / Et, en s'amoncelant / Elle efface tristement le temps." -Est-ce tout ?
-Oui, pour l'instant… Où sont nos enfants ? -Ils nous attendent au salon.
-Garde ! Ah.. Au fait, qu'est devenu ce jeune homme qui a enregistré mon allocution au peuple ?
-Il s'est fait hara-kiri, Votre Majesté. -Vous avez essayé de l'en empêcher ?! -Non.
Mon objectif était de montrer le caractère humain de l'Empereur. Un homme d'Etat qui a préféré l'humiliation politique à la mort d'êtres humains. Alexander Sokurov
Dans le troisième volet le pouvoir ne résulte pas d’une lutte farouche, mais d’un droit divin. Hiro-Hito en décidant d’épargner les vies de ses sujets en dépit de ses codes d’honneur et de croyance plaide pour le propos de Sokurov.
Les détails de la capitulation, malgré tout ce qu’on peut reprocher au militarisme japonais, ne font pas entièrement honneur au respect du vainqueur pour cette civilisation non "caucasienne".
Faust. Réalisation, Scénario: Alexander Sokurov, Yury Arabov. 2000; 111'. Avec: Johannes Zeiler (Faust), Anton Adasinsky (Usurier), Isolda Dychauk (Margarete), Georg Friedrich (Wagner), Hanna Schygulla (femme Usurier), Florian Brückner (Valentin), Antje Lewald (mère Margarete), Sigurdur Skúlason (père Margarete)
Librement inspiré de l'histoire de Goethe, Alexandre Sokourov réinterprète radicalement le mythe. Faust est un penseur, un rebelle et un pionnier, mais aussi un homme anonyme fait de chair et de sang conduit par la luxure, la cupidité et les impulsions. Synopsis Editeur
-Nous sauverons Margarete.
-Bien sûr que non. Et même si nous le voulions... Voudra-t-elle être sauvée par nous ?
-Par toi, peut-être pas... -Tu es mon associé. Nous avons un contrat. -C'est donc ainsi !
-Tu peux rester ici si tu veux. Même sans âme.
-Pourquoi m'as-tu montré ces fous... qui même dans le sommeil de la mort n'oublient pas leur guerre ? Que m'as-tu donné ? Même pas de l'argent pour ma bague. Pouvoir ! Influence ! De tels biens sont à saisir soi-même. Nature et esprit, c'est tout ce qu'il faut pour créer sur cette terre libre un peuple libre.
This is their life and they are convinced in what they do. Time, history, will show who was right, me or them. But I think it’s very bad when politics is intruding in artistic choices. The artist must stay on the side of art and culture, not of the regime or political issues…but the pressure of power is heavy in every country and so the artist is forced to close the border with the other side. It’s not only in Russia, if an artist in Western Europe proposes something against the political values, maybe he will have difficulties too. Alexander Sokurov
Quelle merveilleuse idée que d’avoir choisi la légende de Faust, l’homme qui vendit son âme au diable pour un statut quasi divin, en conclusion de la Quadrilogie du Pouvoir !
Alexander Sokurov fut un grand cinéaste de la fin de l’URSS et de la Russie du début du 21e siècle. Le Prix Robert-Bresson scellera à jamais son discernement et son humanisme.
Lion d'or Venise, Nica Russie