Deutsches Kino   

Faust, une légende allemande. Réalisation, Scénario: Friedrich Wilhelm Murnau, Hans Kyser. 1926; 107'. Avec: Gösta Ekman (Faust), Emil Jannings (Méphisto), Camilla Horn (Marguerite), Frida Richard (mère de Marguerite), William Dieterle (Valentin, frère de Gretchen), Yvette Guilbert (tante de Marguerite), Eric Barclay (Duc de Parme), Hanna Ralph (Duchesse de Parme), Werner Fuetterer (Archange)
 Le docteur Faust, ne trouvant aucune solution pour sauver son peuple de la peste, signe un pacte avec Méphisto.
-Les portes des ténèbres sont ouvertes. Et tous les malheurs se sont abattus sur la terre... Arrière! Disparais! Pourquoi infliges-tu à l'humanité le fléau de la guerre, de la peste et de la famine? 
-La terre m'appartient! 
-La terre ne t'appartiendra jamais! L'homme est bon, il cherche à suivre la voie de la vérité. Regarde en bas! Sur terre et dans les cieux, Dieu a accompli des miracles. Mais le plus grand prodige est qu'il ait donné aux hommes c’est la liberté de choisir entre le bien et le mal. Connais-tu Faust? 
-C'est un coquin comme les autres! Il enseigne le bien, mais il fait le mal. Il cherche la fortune et la pierre philosophale. Je suis prêt à parier que je réussirai à détourner Faust de Dieu! 
-Si tu parviens à détourner Faust de Dieu, la terre t'appartiendra. 
-Personne ne résiste aux forces du mal. Je relève le pari!
 Murnau, dans ses films, et dans Faust particulièrement, manifeste une réelle et profonde culture picturale. Il est l'un des rares cinéastes, avec Eisenstein ou Dreyer, dont la conception photographique doit plus à la peinture des musées qu'à l'imagerie populaire. Nous ne prenons pas, d'ailleurs, ce dernier terme en mauvaise part.                Eric Rhomer
 Tout le charme du muet en noir et blanc. Des images dignes d’un tableau expressionniste monochrome. Une réflexion sur le choix de Faust. Il en résulte une œuvre marquante de l’expressionnisme allemand.
L'Aurore. Réalisation, Scénario: Friedrich Wilhelm Murnau, Carl Mayer. 1927; 95'. Avec: George O'Brien (Ansass), Janet Gaynor (Indre), Margaret Livingston (la fille de la ville), Bodil Rosing (la servante)
Un couple de paysans à la campagne ; leur combat pour résister aux vicissitudes de la vie.
Ils étaient comme des enfants ; insouciants, toujours heureux et rieurs.
L’Aurore est le plus beau film du monde.    François Truffaut
  Tout homme en tant qu’individu porte en lui, en vertu de sa nature et de sa destination, un homme idéalement pur, et la grande tâche de son existence est de se trouver, au milieu de tous ces changements, en harmonie avec l’unité immuable de cet homme-là.                  Friedrich Schiller
 Lors de son séjour aux USA, Murnau a réalisé ce film où le cadre américain apparait, discrètement, à travers la danse et le spectacle. Une perle esthétique de l’expressionisme allemand et une œuvre optimiste d’une grande tendresse, comme le rappelle son sous-titre "Lied von zwei Menschen".
Best Unique and Artistic Picture Oscar Hollywood
La Lumière bleue. Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1932; 84'. Avec: Leni Riefenstahl (Junta), Mathias Wieman (Vigo), Beni Führer (Tonio), Max Holzboer (Wirt), Martha Mair (Lucia), Francesco Maldacea (Guzzi)
 A l'aube du 20e siècle, un village déteste une sauvageonne vivant seule ; parce qu’elle ne vit pas comme eux et sait des choses qu’eux ne savent pas.
-Qu'avez-vous contre cette fille ? 
-Elle n'est pas normale. Comment peut-elle atteindre la lumière bleue sur les flancs abrupts de la montagne ? Alors que les hommes tombent à chaque fois ? Cette Junta, c'est une sorcière.
-Ne fermez pas les volets. Le ciel est tellement beau ! C'est la pleine lune.
 -Ah oui, la lumière bleue ... 
 One of the most pictorially beautiful films of the year. Leni Riefenstahl, author, director and star, is an expert climber as well as handsome woman.      The New York Sun
Sheer pictorial beauty… [Leni Riefenstahl], how flawlessly this girl, who plays the lead and also wrote and directed, accomplished her task.       New York Herald Tribune
 Dans la lignée des films qu'elle avait interprétés pour Arnold Fanck, premier apôtre de la montagne au cinéma, Leni Riefenstahl a réuni dans la Lumière bleue la recherche de la pureté, le sentiment du mystère suprahumain, la célébration de l'alpinisme comme un rite d'accès à une autre vie. Les glaciers, les cimes désertes et une population magnifiquement photographiés engendrent une poésie inoubliable qui se passe aisément de paroles.
                                                                                           
Encyclopédie Larousse
 Un premier film et un coup de maitre. Une œuvre féministe avant l’heure. Un hommage à la nature, à la montagne. Et même une leçon de tolérance… Même si beaucoup de personnes refuseront de voir ce dernier point.
Médaille d'argent Venise,  One of the year's top five foreign films UK
« Il faut lire entre les lignes, monsieur Stellovski, avait dit l’un des directeurs, et vous traduisez très lourdement, sans cette chaude sympathie qui doit animer un traducteur et un rédacteur, dans une agence comme la nôtre ! »  
 Or précisément, murmura le prince, je n’ai jamais lu entre les lignes, ni dans les communiqués de Denikine en 1917, ni au Comité Gallipoli, ni à la Gestapo, nulle part. Ma spécialité est de traduire exactement, voilà, exactement !
          François-Régis Bastide, Les Adieux 
Le Triomphe de la volonté. Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1935; 114'. Avec: Adolf Hitler, Hermann Göring, Joseph Goebbels, Heinrich Himmler, Rudolf Hess, Reinhard Heydrich, Fritz Todt, Baldur von Schirach, Gerd von Rundstedt
Film de propagande sur le Congrès du Parti Nazi tenu à Nuremberg en septembre 1934.
Chef-d'œuvre de haine, de vanité provocante, d'orgueil démoniaque, mais chef-d'œuvre tout de même.          Jean-Pierre Delarge, Histoire du cinéma
 S’il est un film qui concentre sur lui la complexité et les paradoxes du film de propagande, c’est bien Le Triomphe de la volonté. Conçu pour témoigner du congrès du Parti nazi à Nuremberg, Hitler en confie la réalisation à la jeune cinéaste dont il avait repéré le premier film, Das Blaue Licht.
 
«Ma première réaction a été de lui dire que je n’avais jamais fait ce genre de choses et que je ne connaissais rien à l’organisation du parti. Je risquais de passer à côté de tout ce qu’il y avait d’intéressant à filmer, en supposant que je sois capable de seulement réaliser un documentaire. Hitler répondit que c’était exactement ce qu’il recherchait. Une personne bien informée de la hiérarchie du Parti réaliserait sans doute un film très didactique, mais ce n’était pas ce qu’il voulait. Il voulait un film qui émeuve et impressionne ceux qui en temps ordinaire ne s’intéressent pas à la politique». 
                                       
Jérôme Bimbenet, Leni Riefenstahl, la cinéaste d’Hitler
 Même pour quelqu’un qui ne veut pas mélanger appréciation de l’art et politique, il est difficile d’y échapper ici puisqu’il s’agit de la commande d’un parti. Leni Riefenstahl a dit, à ceux qui la condamnent, qu’elle aurait honoré la même commande venant d’un autre parti étranger. C’est recevable, car à l’époque les Nazis n’avaient agressé aucun pays ni commis aucun génocide. 
 Au-delà, Triumph des Willens est une œuvre marquante de l’histoire du cinéma.

Médaille d'or Venise,  Grand Prix Exposition Universelle de Paris
Olympia (Les Dieux du stade). Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1938; 200'. Avec: Adolf Hitler, Henri de Baillet-Latour, Joseph Goebbels, Jesse Owens, Luz Long, Käthe Krauss, Ibolya Csák, Elfriede Kaun, Gisela Mauermayer
 Les Jeux Olympiques de Berlin de 1936, officiellement, filmés par Leni Riefenstahl.
 Cette débauche de moyens donne un résultat esthétique saisissant. Plutôt que de coller à la réalité des compétitions, Leni Riefenstahl cherche à construire le geste sportif parfait en trouvant l'angle le plus flatteur : durant 3 heures 30, corps musculeux et muscles saillants se mêlent à des vues du ciel ; courses, sauts et lancers deviennent un spectacle à la géométrie parfaite ; mouvements de foules compactes ou remises de médailles magnifient la dramaturgie du stade. Olympia, qui sortira en France sous le titre Les Dieux du stade, comprend deux volets : Fest der Völker (La Fête des peuples) et Fest der Schönheit (La Fête de la beauté). Le film est présenté le 20 avril 1938 à Berlin, pour l'anniversaire d'Hitler, et connaît un triomphe. Quelques mois plus tard, il obtient la coupe Mussolini lors du festival de Venise – mais le duce a convaincu le jury, qui semblait préférer Autant en emporte le vent de Victor Fleming, de faire le «bon choix»...
Bien sûr, le film fait polémique après la Seconde Guerre mondiale. Leni Riefenstahl défend son œuvre dans ses Mémoires (1987): «J'ai tourné Olympia comme une célébration de tous les athlètes et un rejet de la théorie de la supériorité de la race aryenne.» Faut-il la croire ? Peu importe. Olivier Joyard (Les Jeux Olympiques, d'Athènes à Athènes, L'Équipe, 2003) analyse parfaitement le propos et la démarche : «Les images du film, aussi plastiquement parfaites soient-elles, sont autre chose qu'un simple support de propagande à effet immédiat : quelque chose de plus pernicieux. Elles montrent, avec un pouvoir de séduction intemporel, l'être humain comme une forme pure, défini par ses seules attitudes et ses attributs identitaires, et non par sa capacité à exister comme individu. L'eugénisme est le fond, détestable, des Dieux du stade. Le sport y est considéré comme une danse virtuose autour de laquelle se construit un rituel collectif d'adoration. Autant dire un simple instrument au service d'une idée de l'homme et de la société dont on connaît les effroyables dégâts.»                  
Encyclopédia Universalis
 On notera cependant le mémorable filmage du triomphe de Jesse Owens où la réalisatrice, dans une inversion remarquable des intentions, met toute sa technique au service d'un évident ennemi de la cause raciale.                  Encyclopédie Larousse
Lion d'or Venise,  Médaille d'or CIO, Deutschen Filmpreis DE, Polar-Preis SE
Réalisation, Scénario: Leni Riefenstahl. 1938; 200'. Avec: Leni Riefenstahl (Marta), Bernhard Minetti (Don Sebastian), Aribert Wäscher (Camillo), Karl Skraup (Bourgmestre), Maria Koppenhöfer (Dona Amelia), Franz Eichberger (berger Pedro), Luis Rainer (Nando), Frida Richard (Josefa), Max Holzboer (meunier Natario)
 Au début du 20e siècle en Espagne, un marquis inhumain s’entiche d’une belle danseuse bohème.
 The shepherd lives high in the mountains. This affords Miss Riefenstahl the opportunity, in her directorial capacity, to film mists and babbling brooks with a grace that recalls Olympia. (…) 
 Leni Riefenstahl was arguably the most important and accomplished female filmmaker of her generation.                            
New York Times 
 Inspiré de l’opéra du même nom d’Eugen d’Albret, ce film est non seulement un drame d’amour mais aussi une lutte d’émancipation ; celle de paysans contre leur seigneur féodal. Un magnifique hommage aux vallées pyrénéennes où l’on apprécie les talents de danse espagnole d’une quadragénaire restée une belle fille. 
 Elle a aimé la beauté, et l’a célébrée partout : la statuaire grecque, l’architecture, la musique classique, les danses traditionnelles européennes, les danses ésotériques noubas. Elle a aimé la vie sous tous ses aspects : cinéma, photographie, alpinisme, voyage, plongée sous-marine…
 Leni Riefenstahl fut une artiste talentueuse qui restera dans l’histoire du vingtième siècle.

Le Maître de poste. Réalisation, Scénario: Gustav Ucicky, Gerhard Menzel. 1940; 88'. Avec: Heinrich George (Der Postmeister), Hilde Krahl (Dunja), Siegfried Breuer (Rittmeister Minskij), Hans Holt (Fähnrich Mitja), Ruth Hellberg (Elisawetha), Margit Symo (Mascha)
 Dans l’Empire Russe, une belle jeune fille vivait avec son père, dans un relais de campagne isolé. Le passage d’un officier va tout changer.
-Tu as eu un vrai mariage.  
-C’était horrible ! … 
-Ne pleure pas, Dunja. Tout finit par passer. Tu sais, tout passe : la souffrance, le bonheur, la vie elle-même …

 Inspiré de la nouvelle de Pouchkine "Le Maître de poste", Gustav Ucicky a réalisé ce drame sentimental. Film intéressant à plus d’un titre, Der Postmeister fut un grand succès en Allemagne, et le plus grand succès pour un film étranger en France. Après l’invasion de l’URSS par le Reich en 1941, le Dr Goebbels l’a interdit parce que montrant des Russes banalement humains, avec les qualités et les défauts visibles partout dans le monde. 
 Une œuvre d’une grande sensibilité où l’on apprécie les vastes plaines glacées, la dance et les réceptions de la bourgeoisie dépravée de Petersburg.

Le Tambour. Réalisation, Scénario: Volker Schlöndorff, Jean-Claude Carrière, Franz Seitz. 1979; 142'. Avec: David Bennent (Oskar Matzerath), Mario Adorf (Alfred Matzerath), Angela Winkler (Agnes Matzerath), Katharina Thalbach (Maria Matzerath), Daniel Olbrychski (Jan Bronski), Tina Engel (Anna Koljaiczek jeune), Berta Drews (Anna Koljaiczek vieux), Roland Teubner (Joseph Koljaiczek), Fritz Hakl (Bebra), Henning Schlüter (Docteur Hollatz)
 Aux débuts du nazisme, un petit garçon choqué par le monde des adultes refuse de grandir, et regarde les évènements.
 Je trouve que parmi des jeunes d'aujourd'hui traînent beaucoup d'Oskar Matzerath. Je pense qu'en Allemagne, il y a, dans chaque génération, beaucoup de jeunes qui se refusent à devenir adultes et gardent souvent jusqu'à la vieillesse leur culotte courte. Ils désirent se soustraire aux mutilations du devenir adulte et aux responsabilités qui y sont liées.               Günter Grass
 Un rappel est toujours bon quand il y a des risques. Mais je crois que l’Allemagne a longtemps médité son passé récent et a, en grande partie, veillé à ne plus répéter les erreurs fatales. Il en est de même du Japon. On ne peut pas en dire autant d’autres pays, presque, aussi coupables, qui, du fait d’avoir été rangés du bon côté après la guerre, se devraient de méditer encore plus les craintes de Günter Grass. 
Chaque pays, pour ses fautes, doit donc porter sa croix. Il ne faut cependant pas se méprendre sur ce devoir ; il peut, doit durer des décennies, mais pas des siècles ! Sinon presque tous les pays du monde auraient à porter leur croix.

Palme d'or Cannes, Oscar Etr Los Angeles, Bodil DK
La Femme et l'Etranger. Réalisation, Scénario: Rainer Simon. 1985; 98'. Avec: Joachim Lätsch (Karl), Peter Zimmermann (Richard), Kathrin Waligura (Anna), Christine Schorn (Trude), Hans-Uwe Bauer (Soldat), Katrin Knappe (Marie)
 Pendant la Première Guerre sur le front russe, deux soldats allemands prisonniers font connaissance et se lient d’amitié. L’un des deux arrive à s’évader et retrouve la femme de son ami, qui lui en parlait toujours …
 Nous n'avons tous qu'un seul souhait, la victoire ou la mort ! Pensez à nos orphelins de guerre ! Cupidon sur le terrain de mort, vous êtes assuré de la gratitude de la nation ! Femmes allemandes, fidélité allemande !                          [Chant]
« Madame, C'est notre douloureux devoir de vous informer que l’adjudant Richard Seidel est tombé pour sa patrie, le 4 septembre 1914.  Honorez sa mémoire.»
 Rappelle-toi Barbara/ N'oublie pas/ Cette pluie sage et heureuse/ Sur ton visage heureux/ Sur cette ville heureuse/ Cette pluie sur la mer/ Sur l'arsenal/ Sur le bateau d'Ouessant/ 
 Oh Barbara/ Quelle connerie la guerre/ Qu'es-tu devenue maintenant/ Sous cette pluie de fer/ De feu d'acier de sang/ Et celui qui te serrait dans ses bras/ Amoureusement/ Est-il mort disparu ou bien encore vivant/ 
 Oh Barbara/ Il pleut sans cesse sur Brest/ Comme il pleuvait avant/ Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé/ C'est une pluie de deuil terrible et désolée/ Ce n'est même plus l'orage/ De fer d'acier de sang/ Tout simplement des nuages/ Qui crèvent comme des chiens/ Des chiens qui disparaissent/ Au fil de l'eau sur Brest/ Et vont pourrir au loin/ Au loin très loin de Brest/ Dont il ne reste rien.
          Jacques Prévert, chantée par Mouloudji
 Un cri sincère venu de DDR, contre la guerre, après la tragédie 14-18. Il n’a pas pu être vu en BDR pour des raisons absurdes ; mais a ému la Berlinale au point d’en avoir été le seul film est-allemand couronné.
Goldener Bär Berlin,  One of the year's top five foreign films UK