YO, L'Esprit Primordial
La mythologie bambara           
 Au commencement il n'y avait que GLAN (Le Vide, Le Son). Glan engendra son double, son égal DJA (L'Image). Ils étaient en perpétuelle vibration et tournoyaient, engendrant l'univers. 
  YO ou DJO (aux vingt-deux noms cachés) est L'Esprit, La Volonté de Glan-Dja. 

 Il est dit de Yo, voix intérieure et secrète, qu'Il "vient de lui-même, est connu par lui-même, est sorti de lui-même, du rien qui est lui-même".
                   Germaine Dieterlen, ESSAI SUR LA RELIGION BAMBARA, 1951

 Yo créa PEMBA (Le Sol) une chose lourde qu'il posa.
Il créa aussi FARO (Le Ciel) une chose légère et palpitante qu'il plaça en haut.
 Faro déversa toute l'eau sur le sol et le fertilisa puis, par la volonté de Yo, créa les jumeaux primordiaux ancêtres des hommes. Quand Faro venait sur terre, il résidait dans les eaux, notamment le Niger; il devint ainsi le seigneur du ciel et des eaux. 
 Pamba créa las animaux et les végétaux mais aussi une femme aux longues oreilles avec une queue qu'on appela MOUSSOKORONI (La Vieille Femme). C'est cette dernière qui amena dans le monde, le désordre, la maladie, les maux et la mort. 

« La solidité n'a pas été réalisée dans cette création-ci, mais l'union se fera dans la solidité d'une parole. 
 La course de Yo, le travail de Yo, le sommeil de Yo pénétreront tous les êtres. Le deuxième monde est un monde neuf, le monde neuf est le monde d'une parole. »
           rapporté par Germaine Dieterlen

Moussokoroni, statue pour les cérémonies, BAMBARA, 64 cm
Djo Ba, représentation de Faro, BAMBARA, 37 cm, coll part
Toute la création est l'oeuvre de Yo, dont l'homme, à son image et par sa volonté.
 Personne ne s'ennuie le soir dans ma causerie. Le monde lui-même est une causerie... 
 Depuis que Yo a créé le
 monde et lui a tourné le
 dos, Il ne s'est plus jamais
 retourné sur lui.
 

      Djeli Baba Sissoko 

Statuette en bois de femme BAMBARA,
   Musée de la Smithsonian Institution
DOGONS. Couple de jumeaux primordiaux, h 66 cm, Musée Dapper, Paris 
Homme avec une pipe, ANGOLA, 25cm, coll part
Jeune femme bantoue, AFRIQUE AUSTRALE, 37cm, coll part
 Les premiers hommes avant la disparition de Moussokoroni étaient immortels... 

      «
Voilà que maintenant il nous faut mourir. Je ne m'attendais pas à cette souffrance, à cette tristesse : tous, vous connaîtrez la même. » 
                                                                   rapporté par Germaine Dieterlen
 

Masque funéraire BASHILELE, ZAIRE
Masque funéraire DAN, LIBERIA
Masque funéraire IBO. NIGERIA
Masque funéraire MAKOMDE, TANZANIE
 Les hommes étant devenus mortels et soumis à tous les maux ont besoin de demander l'assistance des dieux. Ils ne peuvent y parvenir qu'à travers ceux à qui Yo, puis Pemba et Faro ont délégué la gestion des choses du monde : les Génies, les Esprits, les Fétiches.  
  Tous ces êtres redoutables sont approchés, contactés dans des sociétés ésotériques (Koma, Chasseurs,...), des grands initiés (Féticheurs, Sorciers, …) et des cérémonies où le masque, la statuette, le sacrifice d’animaux et la danse leur rendent hommage afin de s'attirer leurs bonnes grâces.
Cérémonie Dogon. MALI
Prière aux masques 
 
Masques ! O Masques !      ...
 

 Ils nous disent les hommes de la mort. 
 Nous sommes les hommes de la danse, dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur.

    Léopold Sédar Senghor
Batteur
 sculpture de Ousmane Sow
Danseuses ZOULOU. AFRIQUE DU SUD.
Femme bantoue, ANGOLA, 31cm, coll part
 Danseuses NOUBAS, SOUDAN
Cérémonie pour la circoncision en Casamance,   SENEGAL
Masque MALINKE. Musée du Quai Branly
Masque zoomorphe, BAMBARA 
Mansa Koulou (La colline des rois), entre Bamako et Sibi (Mali)
 Les MANDINGUES ou MANDENKA ont fondé l'empire médiéval du Mali au début du treizième siècle à partir du Haut-Niger, leur pays initial, allant de Bamako à Kankan et Kita. Un jour, l'ancêtre des BAMBARA, qui était de lignée royale, devait être mansa (empereur). Le cérémonial voulait qu'on fasse l'ascension du Mansa Koulou pour y être couronné. Il a glissé et est tombé, signe qu'il y avait un doute sur sa naissance. On l'a alors qualifié de COULIBALY (coulou bali: celui qui a échoué sur la colline) et écarté du trône. Il est parti avec ses partisans sur le Moyen-Niger à Ségou en maudissant le pouvoir mandingue, créant ainsi les BAMBARA (Ban mara: ceux qui ont refusé de se soumettre).  
 En réalité, les BAMBARA sont ceux qui ont gardé la religion mandingue originale et ont refusé l'islamisation du Mali au 13e siècle. Coulibaly a glissé sur la colline parce que ne voulant pas de lui, on avait pris soin d'y mettre des substances gluantes.

 A la mort, l'âme (nii) se sépare du corps et survit.
 Elle revit plus tard, le plus souvent dans le corps d'un descendant.
Le secret de rien  (de gauche à droite)
 Signes rituels, ésotériques utilisés par les féticheurs bambaras dans l'art divinatoire. 
 GRAPHIES BAMBARA DES NOMBRES, 1950, Solange de Ganay

A toute l'Afrique, dans sa riche diversité et pourtant son unité culturelle.
Jeune femme peuhle, MALI, 34cm, coll part
Fétiche Luba, Hemba. Congo.Galerie Bruno Frey, France 
 Le titre de Tchiwara (tchi wara: roi-lion du travail) était décerné, par la société secrète du même nom, lors de la fête des moissons à un grand travailleur. Il le gartait définitivement, même après sa mort.
 Ce masque était porté par les initiés pendant les réjouissances.
 Les Djo Nyeléni ( Fétiche Nyeléni) étaient utilisés dans les cérémonies sacrées.
 Nyeleni, La Petite Préférée de Faro, symbolise la belle jeune fille en âge de se marier.
Djo Nyeléni. BAMBARA,Galerie Bruno Frey,
 Arts anciens d'Afrique et d'Océanie, France
Masque Tchiwara, BAMBARA, MALI
...j'étais adopté par ceux du village dès le premier jour où j'y montai. Notamment par M. Cassagne et son fils Charles, des « bourgeois » venus de Saint-Gaudens...
 Nous fûmes rapidement amis. Pour lui apprendre l'Afrique dont il était curieux d'une manière intelligente, je lui dédierai mes Souffles. 

Souffles

Ecoute plus souvent 
Les choses que les êtres, 
La voix du feu s'entend, 
Entends la voix de l'eau. 
Ecoute dans le vent le buisson en sanglot : 
C'est le souffle des ancêtres.
 
                   ...
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis, 
Ils sont dans le sein de la femme, 
Ils sont dans l'enfant qui vagit, 
Et dans le tison qui s'enflamme. 
Les morts ne sont pas sous la terre, 
Ils sont dans le feu qui s'éteint, 
Ils sont dans le rocher qui geint, 
Ils sont dans les herbes qui pleurent, 
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure, 
Les morts ne sont pas morts.
                         ... 
                              
Birago Diop
Penseur, AFRIQUE OCCIDENTALE, 43cm, coll part